Journée des femmes de science : zoom sur Dr Lois Jovanovič et Yousra Tourki de Diabeloop

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Le 11 février est la Journée internationale des femmes et des filles de science. A cette occasion, on a eu envie de vous parler de femmes qui marquent et ont marqué l’histoire du diabète de type 1.

Dr Lois Jovanovič : le diabète de type 1 est une histoire de famille

Avez-vous déjà entendu parler de la Dr Lois Jovanovič ? Si vous êtes une femme avec un diabète de type 1 et que vous avez vécu une grossesse sans complications, sachez que c’est en grande partie grâce à elle !

En 1922, la grand-mère paternelle de Jovanovič, vivant avec un diabète de type 1, entend parler du Dr Frederick Banting et du traitement d’un petit garçon par insuline. Du haut de ses 8 ans, elle écrit au Dr Banting pour réclamer le même traitement, et vit ainsi assez longtemps pour donner naissance à un fils, également DT1.

Forte de cette histoire familiale, Jovanovič promet dès l’enfance que, “quand elle sera grande”, elle trouvera un traitement au diabète. Après sa deuxième grossesse et des complications, Jovanovič est à son tour diagnostiquée avec un diabète de type 1.1

Une glycémie équilibrée pour une grossesse bien menée

En 2005, Jovanovič disait à The Lancet2 : « Il y avait plusieurs absolus dans le domaine quand j’ai commencé. On disait aux femmes qui vivaient avec un diabète de type 1 de ne pas tomber enceintes, de se faire ligaturer les trompes ou d’envisager un avortement thérapeutique ». 

En effet, au début des années 80, les médecins de l’époque sont persuadé·e·s que c’est le diabète lui-même qui causaient des troubles durant la grossesse. 

Convaincue que ce n’est pas le fin mot de l’histoire, Jovanovič met au point un protocole de surveillance constante de la glycémie et de stratégie pour la maintenir stable chez les femmes enceinte.

Un premier essai sur 10 femmes vivant avec un diabète de type 1 voit naître 10 bébés en parfaite santé.

“Prouver que les complications étaient dues aux hyperglycémies et que la normoglycémie normalisait l’issue des grossesses compliquées par le diabète a été un véritable exploit.” se rappelait Jovanovič dans The Lancet.

A lire aussi : Comment gérer une grossesse avec un diabète de type 1 ?

Le “Pocket Doc”, l’ancêtre du pancréas artificiel

Non contente d’avoir révolutionné la prise en charge des femmes DT1, Dr Lois Jovanovič continue sa carrière d’endocrinologue en inventant en 1985 le “Pocket Doc”, une sorte d’ancêtre du pancréas artificiel.

Cet appareil ressemble à une calculatrice scientifique, et pour cause : il s’agit en fait d’une calculatrice reprogrammée afin de pouvoir calculer des bolus glycémique.

Pour commencer, il faut y entrer son nom, son poids, son genre et sa sensibilité à l’insuline. 

Pour les bolus repas, il suffit de mesurer sa glycémie, entrer la valeur dans le Pocket Doc, et il vous indique, avec une précision d’une décimale, le nombre d’unités d’insuline à injecter, à partir de la formule suivante (attention pour les personnes non-scientifiques : risque de maux de tête) : 

bolus = 10 * ajustement * glucides * sensibilité / coeff_genre + (0,005143 * glucose – 0,48) * sensibilité * poids

sensibilité = 0,136 pendant la journée – 0,17 entre 4h et 10h du matin

ajustement = 0,2533 + glucose de la mesure précédente / 187 

coeff_genre = 12,7 si homme – 11,34 si femme

Cet appareil était une véritable révolution, à l’époque où  les dextro commençaient tout juste à remplacer les tests urinaires !3 Et si vous vous sentez en hypo- ou en hyperglycémie dans la journée, vous pouvez aussi demander au Pocket Doc si vous avez besoin de vous resucrer ou de faire un micro-bolus.

Yousra Tourki : femme de science chez Diabeloop

Yousra est en charge des équipes algorithmes chez Diabeloop, c’est une passionnée de mathématiques appliquées. Après un début de carrière chez Air France KLM, elle a souhaité appliquer ses connaissances dans le secteur médical au profit des personnes vivant avec un diabète : “En cette journée internationale des femmes et des filles de science, j’aimerais rappeler à quel point il est important de mettre en avant les rôles-modèles de femmes qui ont marqué le développement scientifique. Cela permet aux jeunes filles d’avoir des modèles sur lesquels elles peuvent s’identifier et se projeter. En particulier dans le secteur du numérique, où aujourd’hui nous avons des algorithmes d’Intelligence Artificielle qui vont être de plus en plus présents dans notre vie quotidienne, dans différents domaines. Si on veut que ces développements répondent autant aux besoins féminins que masculins, il est impératif que les équipes qui conçoivent cette Intelligence Artificielle soient les plus mixtes possible. Une étude menée par BCG Gamma, spécialisé dans la création de solutions algorithmiques, estime aujourd’hui le pourcentage de femmes data scientists à 15% à l’échelle mondiale4, nous sommes donc très loin du compte. 

Au sein de mes activités associatives, notamment avec l’Association de Quelques Femmes du Numérique!, nous mettons en avant des portraits de femmes dans le numérique à destination des jeunes filles afin de contribuer à la destruction des stéréotypes qui aujourd’hui découragent nos jeunes filles à suivre les filières techniques. Il est urgent de pallier ce manque à gagner à travers une mobilisation de tous et toutes, que ça soit à l’échelle personnelle ou à l’échelle nationale.

Sources

  1. https://www.nytimes.com/2018/09/28/obituaries/dr-lois-jovanovic-dead.html
  2. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(05)67682-9/fulltext
  3. https://peter-hung.com/2013/10/pocket-doc-insulin-calculator/
  4. https://media-publications.bcg.com/Whats-keeping-women-out-of-data-science-bcg-gamma.PDF
  5. https://www.healthline.com/diabetesmine/great-women-in-diabetes-history#7

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